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Le Passage du Havre

Un peu à l'écart des quartiers centraux qui virent la naissance de la première génération de passages, le passage du Havre tire profit de la proximité de la gare Saint-Lazare pour accueillir une foule dense presqu'à tout heure de la journée, à tel point qu'il est parfois difficile de se frayer un chemin à travers les 3,85 mètres de largeur qu'offre la circulation.


L'origine du passage est liée à celle de la gare. On sait qu'un premier « embarcadère » pour la ligne de Paris au Pecq avait été construit en 1836. Installé à l'angle de la rue de Londres et de la place de l'Europe, il fut déplacé en 1843 un peu plus au sud, à l'angle de la rue d'Amsterdam et de la rue Saint-Lazare, c'est-à-dire juste en face du débouché du futur passage. La nouvelle gare était établie autour d'une cour bordée d'arcades abritant cafés et libraires. La même année débutait le percement de la rue du Havre(1) qui prolongeait la rue Tronchet, donnant ainsi accès à la gare à partir du quartier de la Madeleine. La nouvelle rue longeait l'arrière du Lycée Bonaparte (puis Bourbon, aujourd'hui Condorcet), dont la façade principale s'ouvrait rue Sainte-Croix (aujourd'hui Caumartin). C'était l'ancien noviciat des Capucins, construit en 1780-83 par Brongniart.


Le passage s'est inscrit dans la parcelle d'angle que bordait ce domaine, entre les rues Sainte-Croix et Saint-Lazare, appartenant à MM. Fouquet, Selles, Doux et Durand-Billion(2). L'opération suivait immédiatement le percement de la rue du Havre, puisque l'ouverture du passage fut autorisée par ordonnance de police en date du 7 septembre 1846. L'immeuble qui forme l'entrée du passage sur la rue Saint-Lazare se retourne d'ailleurs sur la rue du Havre et marque l'angle de cette rue avec la place de la gare. Il porte la date de 1845 et le nom de l'architecte, V. Bartaumieux, probablement l'architecte du passage.


Le passage du Havre est rarement mentionné par les contemporains. Peut-être est-ce dû à sa situation un peu excentrée. Toujours est-il qu'en 1925, un chroniqueur jugeait « qu'admirablement situé en plein quartier des affaires, il a vu chaque jour sa réputation grandir » (...) On y trouve tout ce qu'on veut : papeterie, marchands de cannes et parapluies, cireurs de bottes, imprimeurs, musique, pâtissiers, boissons, couronnes mortuaires, chapeliers, etc. »(3), sans compter un « certain magasin d'outillage et de quincaillerie ». Maurice Bedel aimait à flâner « devant des tableaux de chevaux et les collections de boutons de faux cols du passage ».(4)


Le passage est aujourd'hui submergé par la prolifération des vitrines et des enseignes. L'entrée côté rue Saint-Lazare a perdu tout son décor ancien mais affiche par trois fois comme une incantation : «Passage du Havre, passage du Havre, tout pour tous au passage du Havre ». L'intérieur ne montre plus une seule boutique d'origine et seuls quelques entresols anciens et la présence de la verrière à demi-dissimulée par un grillage rappellent au promeneur que ce lieu est plus que centenaire. Parmi les curiosités qui survivent à la concurrence sauvage des modistes, la «Maison du caoutchouc » à l'érotisme trouble et la « Maison des trains », un fabuleux monde en miniature qui ne saurait être mieux situé.

 

Notes

1. Ordonnances du 3 septembre 1843, 8 décembre 1844, 9 janvier 1845.
2. Commission du Vieux Paris, 1916, n° 32.
3. Ch. de S., « Paris qu'on oublie. Pourquoi ne défendons-nous pas nos vieux passages », dans La Liberté, 26 avril 1925.
4. Maurice Bedel, « Les passages parisiens », dans L'Illustration, 24 mai 1947.

 

LEMOINE B., Les Passages Couverts, AAVP, 1997

 

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