Menu de navigation principale Menu de navigation de la rubrique Contenus de cette page Mairie, coordonnées et horaires
 
 

Thomas COUTURE (1815-1879)


Les quartiers de la Nouvelle Athènes et Saint-Georges sont devenus le creuset des arts et de l'intelligence à partir du premier tiers du XIXe siècle. Les ateliers, qu'ils se situent au fond des cours des immeubles bourgeois ou à leur sommet étaient légions et étaient le plus souvent occupés par des artistes peintres. Thomas Couture, comme la plus grande partie de ses condisciples à cette époque, choisit également de s'installer sur les pentes de la butte Montmartre. Second prix de Rome en 1837, et élève de Paul Delaroche à partir de 1838 , il n'a que trente deux ans, lorsqu'il connaît un extraordinaire succès au Salon de 1847 avec Les Romains de la décadence qui occupe aujourd'hui le cœur de la nef du musée d'Orsay. Ce succès lui ouvre les portes du Tout-Paris, celles de la haute société aristocratique et bourgeoise, celles du monde politique et intellectuel, celles des lorettes et autres compagnons de fête dont Le Souper à la Maison d'Or a conservé les traits.

Issue d'une famille de bourgeois modestes, ayant quitté Senlis pour Paris vers 1826, son père artisan-bottier a toutefois acquis une honnête aisance. Homme éclairé, et malgré ses propres réticences, il autorise son fils à entrer dans l'atelier du baron Gros pour devenir artiste peintre.

 

Premières adresses

Le premier domicile personnel de Thomas Couture se situe quai Bourbon, dans « le salon d'un vaste appartement qu'on ne trouvait pas à louer dans ce quartier : c'était un atelier nu, sans meuble, une chose navrante ! » . Quittant les bords de Seine, Couture s'installe passage du Bois de Boulogne dans « un atelier triste et noir » . Cette ruelle privée, devenue depuis le passage du Prado, débute au 22, boulevard Saint-Denis et débouche 12, rue du Faubourg-Saint-Denis. Le Dictionnaire historique des rues de Paris des frères Lazard (1855) le décrit ainsi : « Ce passage qui forme un coude et dont la largeur est de 4 m environ, a été construit vers l‘année 1785. Il a pris sa dénomination d'un bal public qui y fut établi sous le nom de Bal du Bois de Boulogne. »
Cette adresse du vieux Paris, correspond à celle d'un jeune artiste désargenté. Ce quartier est alors très populaire, occupé par tout le petit peuple de Paris et cet ancien passage très étroit semble bien sombre pour accueillir l'atelier d'un artiste. C'est avec cette adresse que Thomas Couture fait son premier envoi au Salon au 1840.

 

118, rue du Faubourg-Poissonnière

Dans les années 1840, Thomas Couture devient un portraitiste recherché, ses modèles sont des hommes politiques (Félix de Parieu), des industriels, des personnalités du monde culturel et artistique, (George Sand, Jules Michelet, Léon Ohnet, architecte et futur maire du 9e) et des aristocrates. Il déménage, en 1841, au 118, rue du Faubourg-Poissonnière, dans le haut du quartier qu'on appelle depuis la fin du XVIIIe siècle la Nouvelle France. L'immeuble où il installe son atelier et sa résidence n'existe plus, son emplacement correspond à notre actuelle rue de Maubeuge qui a été ouverte en 1861. Cet ancien faubourg est alors très excentré, peu loti, et quasi campagnard.

Couture, qui commence à percer, ne peut probablement pas encore habiter dans un secteur plus à la mode. Néanmoins cette adresse constitue un progrès certain par rapport à la précédente, tout au moins du point de vue du confort et de l'espace, et elle est déclarée par Couture pour ses envois aux Salons de 1841, 1843, 1844, 1847, et dans les éditions du Didot-Bottin de 1842 à 1848. Il s'agit « d'un vaste atelier magnifiquement éclairé, où il pouvait recevoir la clientèle fortunée et peindre enfin les grandes visions qui hantaient sa pensée » , qui lui permettra de réaliser la gigantesque composition des Romains de la décadence. Le succès de cette toile, envoyée au salon de 1847, est tel que Thomas Couture devient un des grands peintres reconnus de son temps. Avec le soutien du marchand Desforges, il acquiert une certaine aisance financière, qui tel un Rastignac de la peinture, lui permet d'accéder au saint des saints du monde artistique : la Nouvelle Athènes.

 

Domicile et atelier séparés : l'itinérance dans un périmètre restreint

En 1849, Thomas Couture quitte la rue du Faubourg-Poissonnière et à partir de cette date, il aura toujours son domicile personnel sous la forme d'un appartement dans une maison bourgeoise et un atelier séparé, situé à proximité. Ce fait est un signe incontestable de sa réussite, qui lui permet de vivre tel un peintre bourgeois. A partir de 1847, il ouvre également un atelier école où se formèrent notamment Manet et Puvis de Chavannes.
Pendant l'année 1849, Couture loue au 29, rue Neuve-Bréda, devenue depuis rue Clauzel, un appartement. Cet immeuble à l'angle de la rue Bréda (Henry-Monnier) et donnant sur la place Bréda (Gustave-Toudouze) est au centre du quartier des artistes et des lorettes, ces demoiselles ni tout à fait professionnelles, ni tout à fait ingénues qu'ont si bien décrit Alexandre Dumas, Victor Hugo et biens d'autres littérateurs et qui font partie du paysage sociologique du milieu du XIXe siècle.

Il s'installe son atelier un peu plus haut, place Pigalle. En 1850, cette place se prénomme place de la Barrière-Montmartre, elle donne sur la barrière d'octroi, édifiée par Claude Nicolas Ledoux, sur le mur d'enceinte qui entoure Paris depuis le règne de Louis XVI.

Thomas Couture rejoint la Folie-Pigalle, une des maisons mythiques de ce lieu et qui le demeure encore de nos jours. En 1846, Louis Aimé Becq de Fouquières, parent du peintre Alfred de Dreux fit construire une maison sur la place Pigalle (n° 1 puis 11) entre la rue Pigalle (n° 77) et la rue Duperré (n° 1). Cet immeuble, qui comprenait huit ateliers avec un appartement et trois autres ateliers sans dépendances, fut conçu pour être un phalanstère d'artistes. Il est vraisemblable qu'Alfred de Dreux souffla cette idée à son grand-oncle, aristocrate fort peu bohème, en lui expliquant qu'il aurait la garantie d'un bon revenu en édifiant dans cette place alors presque vide un immeuble d'ateliers à destination des artistes très nombreux dans ce quartier. Cette maison abritera ultérieurement Isabey, Puvis de Chavannes, Henner, Jongkind et Gérôme.

Au salon de 1850, Thomas Couture fait son envoi depuis le 1, place Pigalle, et dans le Didot-Bottin de 1851, il apparaît au 1, rue Duperré. Dans le même temps les témoignages sur Couture parlent d'un atelier au rez-de-chaussée sur la place Pigalle. Thomas Couture a donc occupé l'atelier du rez-de-chaussée à droite de l'immeuble du 11, place Pigalle (ancien n° 1), avec un petit jardin dépendant, débouchant par une grille au n° 1 de la rue Duperré. Cependant, les relevés des calepins du cadastre indiquent que le locataire de cet atelier entre 1847 et 1852 est le peintre Héro (probablement Louis Robert Heyrauld, actif entre 1840 et 1860). Thomas Couture a donc sous-loué à ce dernier son atelier du rez-de-chaussée à l'angle avec la rue Duperré.

En 1852, Thomas Couture quitte la place Bréda pour un vaste appartement de cinq/six pièces au quatrième étage du bel immeuble du 17, rue de La Rochefoucauld, où il restera jusqu'à son mariage en 1859. Les calepins du cadastre et les éditions du Didot-Bottin attestent de sa présence pendant ces années. Nous sommes là au cœur de la Nouvelle Athènes, presque à l'angle de la rue de la Tour-des-Dames, dans l'un des quartiers les plus élégants de Paris. Napoléon-Alexandre Berthier, deuxième prince de Wagram habite au numéro 7 de la rue, dans l'ancien hôtel de Mlle Mars, et entre 1850 et 1854, le peintre Millet a son atelier au rez-de-chaussée dans la cour de l'immeuble de Couture. La place Pigalle étant un peu éloignée, il installe son atelier au 5 bis, rue de la Tour-des-Dames. Cette adresse est des plus prestigieuses. En effet, les deux hôtels particuliers des 5 et 7, rue de la Tour-des-Dames appartiennent à l'illustre peintre Horace Vernet, membre de l'Institut. Le 7 est occupé, et le sera jusqu'en 1861, par son gendre, le peintre Paul Delaroche, ancien maître de Couture. Le 5, qui dispose d'un atelier d'artiste au rez-de-chaussée sur la rue (avec probablement son propre numéro : 5 bis), n'est plus utilisé par Horace Vernet depuis que, comme bon nombre des pensionnaires de l'Institut, il s'est définitivement installé dans l'ancien collège des Quatre-Nations. En 1852, Thomas Couture dispose de cet atelier, situé à quelques pas de son domicile, qu'il a probablement obtenu grâce à ses liens avec Delaroche et c'est cette adresse qui est indiquée à la fois dans son envoi au Salon et dans le Didot-Bottin. Néanmoins, il n'y restera pas longtemps. En effet, le relevé des calepins du cadastre de 1852 indique que « Cette maison à usage d'hôtel pour un seul, laisse à désirer sous le rapport de la distribution, surtout dans le bâtiment de devant qui servait primitivement d'atelier de peinture. » et à partir de 1853, et vraisemblablement à la suite de travaux d'aménagement, elle est louée en entier à M. de Larochefoucauld-Liancourt, grand aristocrate fort peu artiste de son état, qui devient ainsi, le voisin du prince Murat (n° 3) et du prince de Wagram (n° 1).

A ce stade de l'étude un mystère demeure : Couture habite toujours et jusqu'en 1859 au 17, rue de La Rochefoucauld. Il n'a plus son atelier de la rue de la Tour-des-Dames à partir de 1853 et en l'état actuel de nos recherches, son atelier suivant n'apparaît qu'en 1857, au rez-de-chaussée de son immeuble de la rue de La Rochefoucauld. Certains écrits rapportent l'existence d'un atelier rue de Laval (rue Victor-Massé), mais nous n'en avons trouvé la trace ni dans les calepins du cadastre, ni dans les Didot-Bottin, ni dans aucune autre source vraiment fiable.

Entre 1857 et 1859, Thomas Couture loue, en plus de son appartement, deux ateliers. Le premier 17, rue de La Rochefoucauld, dans la cour de son immeuble, où il a pour voisin le peintre Cabanel, et le second au 28, rue Fontaine. Il est alors à l'apogée de son succès. En effet, après la commande de L'Enrôlement des volontaires en 1792 par le gouvernement de la IIe République, qu'il n'achèvera pas, et le décor de la chapelle de la Vierge à l'église Saint-Eustache (1851-1854), il reçoit en 1856, la commande du Baptême du prince impérial, et du décor de la salle des États du Louvre (aucune des deux n'aboutira). Son école accueille quantité d'élèves, français et étrangers, et s'il prend deux ateliers, c'est probablement pour séparer son activité d'enseignement de celle de sa propre production.

 

Mariage et changement de cap

Le 2 avril 1859, à la mairie du 9e arrondissement, Thomas Couture prend pour épouse Héloïse Marie Servent, le mariage religieux se déroule à l'église de la Trinité. C'est un homme mûr de 44 ans, qui a réussi dans la vie et apporte au contrat de mariage un capital confortable, qui épouse cette jeune fille, de plus de vingt ans sa cadette, correctement dotée, comme nous allons le découvrir. Ce mariage, peut-être d'amour, est également affaire d'argent. En effet, quelques jours avant la cérémonie, le 12 mars 1859, le tribunal de la Seine a adjugé une maison de rapport, sise au 22, rue de Vintimille, pour la somme de 240.000 Francs à Mme Veuve Servent pour 3/6e, à sa fille, Mlle Héloïse Marie Servent pour 1/6e, et à son futur gendre, M. Thomas Couture pour 2/6e. En plus de sa quote-part dans la propriété, Marie Servent a reçu en dote, une somme de 20.000 francs, porteuse d'intérêt à 5%, à valoir sur la part de sa mère. Cet immeuble, construit en 1857, donne à Couture, déjà chevalier de la Légion d'Honneur la qualité de « propriétaire » » qui était le signe même de la réussite bourgeoise en cette seconde partie du XIXe siècle. En réalité, Couture était déjà propriétaire depuis 1855, d'une maison à Paris, au 9, rue Geoffroy l'Angevin, qu'il a rachetée à son père. Néanmoins, cette bâtisse du vieux Paris, qui à l'époque de son décès en 1879 était inhabitée à cause de son état de dégradation avancée, est sans commune mesure avec le bel immeuble en pierres de taille du nouveau quartier Vintimille.

Cependant les jeunes mariés ne s'installent pas dans leur immeuble, il était alors inconcevable pour un propriétaire d'essuyer les plâtres de sa propre maison. Toutefois, le ménage Couture ne va pas s'établir rue de La Rochefoucauld, et dès 1859 loue un appartement de quatre pièces au quatrième étage de l'immeuble du 32, rue La Bruyère, à l'angle de la rue Pigalle. Ce déménagement du domicile personnel s'explique vraisemblablement par le souhait de la jeune Marie de ne pas vivre dans les lieux où son nouveau mari recevait auparavant ses cocottes et lorettes.

Entre 1859 et 1860, Couture abandonne son atelier de la rue de la Rochefoucauld et ne conservera celui de la rue Fontaine que jusqu'en 1861. C'est également à cette époque que sa gloire commence à se faner. Incapable de finir les grandes commandes du pouvoir, il se brouille avec les donneurs d'ordres officiels et quitte petit à petit la scène parisienne. C'est pour cette raison qu'il ferme son école en avril 1861 , et n'éprouve plus le désir de disposer d'un atelier à Paris. En 1862, il quitte la rue La Bruyère pour emménager au premier étage de son immeuble du 22, rue de Vintimille . Mais dès 1860, il partage son temps entre sa ville natale, Senlis, et son domicile parisien. Ainsi, sur ses deux filles, l'aînée, Berthe, est née à Senlis le 5 novembre 1860, et la cadette, Jeanne Cécile, à Paris le 11 mars 1862.

Le 18 août 1868, à la requête de Mme Veuve Servent et de M. et Mme Thomas Couture, le tribunal de la Seine procède à la vente par adjudication de la maison du 22, rue de Vintimille, au profit d'un de leurs locataires, M. Pierre Alexandre Petit de Gatines, propriétaire, ancien avocat à la Cour de Cassation, au prix de 260.100 Francs. Les Couture conservent leur appartement du premier étage jusqu'à l'achat le 8 juillet 1869, auprès de la chambre des saisies immobilières du tribunal civil, du Château de Villiers-le-Bel, propriété de 3,4 hectares, pour 137.500 Francs.

C'est dans cette demeure, en fait une grosse maison bourgeoise, que Thomas Couture finira ses jours, ne faisant plus que de brefs passages à Paris, et qu'il s'éteindra le 29 mars 1879.

Sa dernière demeure se situe néanmoins à Paris, puisqu'il repose au cimetière du Père-Lachaise.

La carrière artistique de Thomas Couture, comme celle de la majorité de ses contemporains s'est déroulée principalement dans le 9ème arrondissement. Elle reflète toute l'évolution sociale de cet homme d'origine modeste qui rêvait d'atteindre les sommets de la gloire. En effet, que de chemin parcouru depuis l'atelier morose et obscur au coeur du vieux Paris, puis la montée au Faubourg-Poissonnière, aux franges de la capitale, avant de s'installer dans le quartier des artistes les plus à la mode, le bas de la butte Montmartre, où ses moyens vont lui permettre d'assumer à la fois un vaste appartement bourgeois et un atelier. Son apothéose bourgeoise sera la possession d'une maison de rapport neuve, rue de Vintimille, avant de quitter, désabusé, le monde parisien, et de devenir châtelain dans le nord de la capitale.

 

Par Thierry Cazaux, 9e Histoire

 

 

Retour accueil "Patrimoine du 9e"