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Les rues de Londres et d'Athènes


Les rues de Londres et de Tivoli (actuelle rue d'Athènes) ont été percées sous la Restauration dans le cadre de l'aménagement du "nouveau quartier de l'Europe", issu de la réunion de terrains acquis par Sylvain Mignon, "entrepreneur des serrureries et bâtiments du Roi", et le banquier Jonas Philippe Hagerman (1774-1839). Natif de Suède, ce fils de pasteur acquiert en 1821 Tivoli, ancien jardin de la Folie Boutin. Sur un plan d'ensemble daté de 1824, apparaît la signature de Godde, architecte attitré d'Hagerman. On organise la vente des lots à bâtir dès avant l'ouverture de la rue de Londres en 1826 et celle de la rue de Tivoli en 1827. Parmi les acquéreurs, on relève les noms de Lavaÿsse, qui achète quatre parcelles rue de Londres (nos 21 à 27, n° 16) et de l'entrepreneur de bâtiments Dufaud (nos 16 bis et 18). Le n°21 bâti par Lavaÿsse sur un terrain acheté 65 000 f en 1828, est revendu deux ans plus tard 107 500 f à Amédée de Béhague.

Rue de Tivoli, le conseiller d'Etat et préfet maritime Pouyer acquiert l'élégant immeuble situé à l'angle de la rue d'Amsterdam (n° 26). Quant à Eynard, il y achète en 1830 plusieurs parcelles à Hagerman (nos 12 à 22), ayant fait commencer les travaux dès avant la vente. Le n° 12, rétrocédé à Hagerman, passera à la baronne de Bussière sa fille, qui le cèdera en 1845 à la famille de magistrats et d'agents de change Roland-Gosselin. Dans la même rue, le n° 17 passe d'Hagerman à Eynard en 1833, avant d'être vendu en 1844 à la veuve de son constructeur...

Fondateur d'une maison de commerce, Jean-Gabriel Eynard (1775-1863) est une importante figure de Genève, où ce protestant soutient les églises réformées ; surnommé "Eynard le philhellène", il ne négligera aucun effort pour appuyer les patriotes grecs révoltés.

Sa réputation de collectionneur était bien établie. Madame Eynard, dont Horace Vernet fera un très beau portrait, fut le dernier "enthousiasme" du prince de Ligne au Congrès de Vienne. A Paris, ils résident au n° 27, rue de Londres, hôtel à rez de-chaussée "avec galeries et colonnes".

A l'origine, régnait une grande unité de style, le tout constituant l'un des ensembles néo-classiques les plus remarquables de Paris. Rue de Londres, les hôtels entre cour et jardin disposent de portes cochères souvent ornées de pilastres doriques. Au n° 18, on relève "deux grands bas-reliefs moulés sur des modèles grecs". Au rang des domaines les plus remarquables l'on compte le n° 18, dû à Godde, et les n° 16, 14, et 12, oeuvres de Mangot. Doté d'une colonnade, le n° 16 semble le plus spectaculaire. Thiollet évoque "la beauté" des décorations intérieures, des peintures et des sculptures, du marbre et des bois de diverses couleurs (...) ainsi, au n° 18, les renommées, les victoires, les arabesques, peintes en couleur et l'abondance des glaces..."

Les bâtiments élevés rue de Tivoli semblent de facture plus modeste, à l'exception de l'imposante et somptueuse demeure d'Hagerman, au n° 6. La salle à manger y dispose d'une table en acajou et de chaises recouvertes en maroquin bleu ; l'élaboration du décor de table destiné aux réceptions exige la présence d'un plateau composé de sept morceaux, cinq groupes, trois couronnes et deux sujets, de seize candélabres, quatorze flambeaux, quatre grandes pyramides bonbonnières, quatre assiettes à fruits confits montées, quatre tambours à petits fours... Dans un salon meublé en bois d'érable, "deux bustes en bronze montés sur marbre à l'effigie du général Foy et de Casimir Périer" soulignent les opinions libérales du maître de maison, alors que dans le grand salon, l'on remarque deux causeuses, deux canapés, huit fauteuils et douze chaises avec ornements et filets d'or recouverts de damas jaune. Le "lustre en bronze doré forme rocaille avec cristaux" mentionné dans un salon, (pièce ancienne ou pastiche précoce du XVIIIe siècle), tranche avec le mobilier Empire et Charles X, et témoigne de la redécouverte du style Louis XV sous la Monarchie de Juillet.
L'importance des équipages révèle le train de vie d'Hagerman (trois calèches ; brisca, char à banc, deux coupés, grande diligence).

Les deux rues conserveront leur aspect résidentiel au cours du XIXe siècle. En 1835, demeurent rue de Londres le comte de Mercy-Argenteau (n° 10), l'agent de change Archdeacon (n° 14), et rue de Tivoli le marquis d'Amelot au n° 11, le comte de Turgot au n°18. Au 6 rue de Tivoli, l'on trouve sous le second Empire, du Barry de Merval, le prince Murat et le duc de Padoue, tandis que rue de Londres, figurent Hottinguer (n° 23), et la comtesse de Pourtalès née Hagerman. Cependant, le siège des compagnies ferroviaires s'implante dans le quartier : P.L.M., 88, rue Saint-Lazare en 1869, Compagnie des Chemins de Fer d'Orléans, 8 rue de Londres en 1863. Dès lors, l'aspect administratif l'emporte.

Si les plus beaux hôtels ont disparu - dont certains il y a 25 ans seulement - plusieurs façades, intéressants specimens de l'architecture de la Restauration, bénéficient d'une protection.

 

CENTORAME B. (dir.), La Nouvelle Athènes, AAVP, 2001

 

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